Origine du patronyme, le hameau de CESTIAS

Le patronyme CESTIA est très peu répandu. [1] Il est pourtant très ancien. Il aurait son origine à l'époque Romaine [2] De cette époque, il reste à Rome (via Cestia) le mausolée du magistrat Caïus CESTIUS mort en 12 avant JC. Ce monument est une pyramide couverte de marbre, "tombeau digne d'un pharaon" selon le Guide Michelin de Rome (1988).

Après la mort de César, on retrouve un Lucius Cestius préteur dont le nom figure sur un Aureus. Sur cette monnaie, le buste évoque l'Afrique, et fait allusion au rôle que Lucius Cestius doit avoir joué dans cette contrée.

Le linguiste Dauzat propose une autre hypothèse. Selon lui ce patronyme aurait son origine dans les populations cagots présentes dans le Sud Ouest de la France au Moyen Âge. On appelait cagots des personnes appartenant à certains groupes sociaux défavorisés groupés en isolats dans les hautes vallées d'accès difficile des Pyrénées centrales et occidentales. Les cagots étaient victimes de diverses discriminations, à l'église notamment (bénitier des cagots). Ainsi les noms de CHRETIEN et CHRESTIEN attribués à ces populations, donnent CHRESTIA et en Bearnais CRESTIAA. Le terme crestian signifie "chrétien" en occitan. Au féminin, crestiana. Toutes ces formes ont pour sens général bénis de Dieu, simples d'esprit. Dans le Valais, Chrétien a donné à la fois le patronyme CRETIN, patronyme de nos jours encore très répandu  notamment en France dans les départements du Jura et du Doubs  et le mot de la langue française crétin. [3]

L'approche toponymique doit aussi être prise en compte. Le hameau de Cestias est situé à environ 3 km à l'ouest de Trie-sur-Baïse et à environ 20 km l'est de Lescurry par un parcours pédestre.

Selon Stéphane ABADIE ce nom de lieu viendrait de l'époque gallo-romaine. [4] Sa forme plus ancienne SESTIAS viendrait du nom de personne gallo-romain SESTIANUS qui en occitan donne SESTIAN [5] Ce lien avec l'époque gallo-romaine est conforté par l'évocation par certains auteurs de la présence en ce lieu d'une villa de Sulpice Sévère dans l'antiquité tardive où fut enterré Saint Justin. Aucune trouvaille gallo-romaine n'est cependant venue confirmer cette hypothèse.[6]

L'ancien château seigneurial de Sestias se trouvait dans la partie sud du hameau actuel de Cestias, à 1 km au nord de Lapeyre et à 2,2 km de la bastide de Trie. C'était   une forteresse de type plate-forme résultant d'un aménagement par retaillement du relief préexistant afin d'augmenter la superficie de la plate-forme sommitale. C'est en 1202 qu'apparait sur le Cartulaire de Berdoues (acte n° 324) la première mention de la Seigneurie de SESTIAS (famille SESTIANO).[7] La seigneurie de Sestias appartenait au Comté d'Astarac qui, à partir de l'an 920 succédant au duc de Gascogne, dominait ce territoire correspondant au sud du Gers et au nord des Hautes-Pyrénées. Le comté d'Astarac était au nord-est du comté de Bigorre. Au Moyen Âge, les relations entre les différents comtés étaient souvent conflictuelles; les comtés de Bigorre et d'Astarac ne font pas exception. [8]

Condorine de SESTIAS était seigneur de SESTIAS, puis après son mariage en 1323, ce furent Geraud d'Esparos et Condorine Comtesse de SESTIAS. La vente des terres de Sestias en 1331 donna la seigneurie à Centule IV d'Astarrac qui gouvernait le comté d'Astarac sous la tutelle de sa mère Cécile de Comminges. En 1489 Jean d'Astarrac était le seigneur de SESTIAS.[9]

Le hameau de Cestias  semble mentionné sur les cartes de Cassini (1756-1789) par le nom Cestin. Mais dans la période 1820-1865, il figurait sur les cartes d'Etat Major sous le nom de hameau de Sestia, tandis qu'il figurait au cadastre de 1827 sous le nom de Sestias... Actuellement le hameau figure sur les cartes IGN sous le nom de Cestias. Il est sur le territoire de la commune de Trie-sur-Baïse.

L'étude des registres paroissiaux de Lescurry nous a révélé la présence d'une famille SESTIAN dans ce village au tout début du XVII° siècle (voir La généalogie des Cestia). La relative proximité de Lescurry avec les terres de Sestias conduit à émettre deux hypothèses : soit faire un lien entre ce patronyme et ce nom de lieu ou alors retenir l'hypothèse beaucoup plus hasardeuse que les SESTIAN de Lescurry sont des descendants des seigneurs de SESTIAS.

Ainsi, sans trancher sur les liens filiatifs qui pourraient exister entre les SESTIAN de Lescurry et les seigneurs de SESTIAS, l'approche à la fois généalogique, toponymique, linguistique et historique permet de conclure que le nom de famille SESTIAN qui a donné par transformations successives les patronymes actuels CESTIA ou SESTIAA, trouve très vraisemblablement son origine dans le nom de lieu des terres de Sestias qui se trouve autour du hameau actuel de Cestias appellation qui elle-même trouve son origine dans le nom de personne gallo-romain Sestius, Sestianus ou Sestiano.

D'autres études sont à mener pour préciser et comprendre les liens entre les SESTIAN de Lescurry et le territoire de SESTIAS sur la large période 1300 1600 &

[1] (GROSCLAUDE, 2003) Dictionnaire étymologique des noms de famille Gascons : Sestia, voir Sestiaa : "Patronyme rare. En Pyrénées Atlantiques : 5 foyers à Oloron, Nay, Moumour et Pau. Obscur : Peut-être du nom d'homme latin Sextianus ? Ou contraction de Sebastian? = Sestia. Orthographe restituée : Sestian Sestiaa."

[2] Sestius est un nom de famille romain  Sextus est un prénom romain - A l'époque romaine, la famille Cestia est citée par Cicéron dans son discours sur Flaceus et dans sa lettre à Atticus. Le troisième Cestius, également cité par Cicéron, est Caiius Cestius préteur (magistrat) en 44 avant J.C.

[3] Dictionnaire des noms de famille Dauzat

[4] Maîtrise d'histoire. Monographie du canton de Trie-sur-Baïse, Stéphane ABADIE

[5] "Il est important de savoir qu en latin la dernière syllabe ne porte jamais l accent tonique donc disparait quand on passe du latin à l occitan. Aussi, des mots qui se terminent en latin par -anum, -onem, -ennum, acum, se terminent en occitan par -an, -on, -en, -ac." Michel Grosclaude introduction à la toponymie des Hautes-Pyrénées (siteAD65)

[6] Jean Francez, BSR 1973, Sextiacum/ Sestias à Trie-sur-Baïse; Alcide Curie Seimbres, Recherches sur les lieux habités par Sulpice Sévère, 1875

[7] Corpus des ouvrages de terre fortifiés en Midi-Pyrénées site n° 277 Première mention d'une famille dans les textes octobre 2012 Nicolas GUINAUDEAU

[8] Fortifications seigneuriales et résidences aristocratiques gasconnes dans l'ancien comté d'Astarac entre le Xe et le XVIe siècle  Thèse d'Histoire médiévale - Nicolas GUINAUDEAU

[9] Thèse d'Histoire médiévale - Nicolas GUINAUDEAU

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