Annexes

Archignat

 

Quelques Tournures usitées
L’Agrôle et le Rena
Le Chatreux do Tré-Taillants
La saint-cochon
Menu de baptême

Quelques Tournures usitées

A la belle bade.

Tout ouvert.

A tâte leuche.

Par gourmandise.

An défaite hounête.

Un alibi.

Anne z’en Jean, la bourrique s’enhuye.

« Partons Jean, la bourrique s’ennuie » : il est temps de partir.

Autant q’un curé peuille en béni.

« autant que le curé pourrait en bénir) » : Beaucoup.

Aveir dos biais.

« avoir des biais » : Etre lunatique.

Aveir en natigne.

Etre obnubilé.

Aveir en natignes.

S’obstiner, être obnubilé.

Aveir teurjou ane dent au tcho que grole.

« avoir toujours une dent au derrière qui remue » : se plaindre sans cesse ou être hypocondriaque.

Aveir un pourte-mounnaie en piau d’hérissou.

Etre avare.

Chantâ ramona.

Réprimander.

Chat mita attrape pas de rat.

Le port de gants (les mites) rend maladroit.

Colle à mialant.

De la bave.

Cougnâ los pots.

Sommeiller.

Couleur de chi enrhuma.

« couleur de chien enrhumé » : couleur indéfinie

Coume un geai qu’arvint d’la pipée.

Guilleret, content de soi.

Coument qu’o l’a fait son compte ?

Comment s’y est-il pris ?

Dounâ son co d’alibet.

Donner son avis sans y être invité.

E peude pu arquâ.

Je ne peux plus faire un pas.

Embarra-chanâ.

Celui qui fait des manières.

En pessis.

En miettes.

En peurde le beire et le migea.

« en perdre le boire et le manger » : travailler sans relâche.

En veni à bout.

Gagner, terminer un travail.

Ete gueu coume un rat d’église.

Etre pauvre.

Ete mieux en tare qu’en pra.

Etre mieux mort que vivant.

Ete pigna raquette.

Avoir le cheveu plat ou coupé ras.

Eteurnâ la barbe.

Embrasser le premier celui qui vient de se raser.

Fère das dérisions.

Faire des sottises.

Fère dos points à la Giraude, n’en faut traïl pa fère ane aune.

« faire des points à la Giraude, il en faut trois par mètre » : coudre sans soin, à très grands points donc peu solidement.

Fère la fouine.

Faire lécole buissonnière ou paresser.

Fère la gaugne.

Bouder, faire la tête.

Fère le pied d’ageasse.

Attendre.

Fère le rnard.

Paresser.

Fère los chi.

« Faire les chiens » : vomir.

Fère Pâques avant los Rameaux.

Se disait d’une jeune fille enceinte avant le mariage.

Froumage de crême.

Fromage fait avec le dessus du lait caillé, donc la partie grasse.

Ce fromage était généralement destiné aux gens du château de la Genebrière. Il était fabriqué par notre grand-mère paternelle de la Baudre. Elle le moulait dans un fond de bonnet de dentelle pour qu’il présente de beaux dessins en surface.

Garni le pouèle.

Remettre du bois dans le poêle

Jetâ de l’aigue.

Uriner.

Jouâ rippe.

S’esquiver.

La bourrique a tourna le tcho au foin.

La chance a tourné ou ça suffit, j’en ai marre.

La Dame.

La maîtresse d’école.

Le filet das reins.

Le dos.

Migeâ le vert et le sé.

« manger le vert et le sec » : gaspiller tout son avoir.

Moutâ l’co.

Influencer.

Nezilles vérées (ou vérades).

Noisettes véreuses.

O l’a éta piqua pa un arpi.

Il a été mordu par une vipère

O l’o z’a toutes.

« il a toutes les ruses » : il est très déluré.

O lé bourra de la queue d’ouéille.

Il est très sot.

O m’a chiâ do pouèvre.

Il m’a échappé.

O marche sur do zeux.

Il marche délicatement ou il fait des manières pour marcher.

O mige los pissenliais pa la racine.

« il mange les pissenlits par la racine » : il est mort.

O n’en beule d’envie.

Que y beule dé le vente.

« il en bèle d’envie ou ça lui bèle dans le ventre » : il en a très envie.

O n’en fait pas d’autes.

Il ne fait que des bêtises.

O peuille bigea ane chièbe entre las dou cornes.

« il pourrait embrasser une chèvre entre les deux cornes » : il a un visage émacié.

O s’craint.

Il est délicat, il se ménage.

O vaut pas un chi keurva.

Il ne vaut rien.

Oh ! faut-u don.

Faut ben n’en vère.

La vie est dure.

On dille qu’on a migea le dessus de sa soupe.

« on dirait que l’on a mangé le dessus de sa soupe » : il est renfrogné.

On n’est maque sali pa la crasse.

« on est toujours Sali par la crasse » : on est critiqué par plus critiquable que soi.

Paille de poumes taire.

Partie aérienne des pommes de terre, qui reste après la récolte.

Pissâ pa la jarre.

Uriner grâce aux culottes fendues.

Pligeâ quocare.

Emballer quelque chose.

Pourtâ peune.

Se fère do mauvais sang

S’inquiéter.

Prende la môche.

Se vexer.

Que chasse los ampas.

C’est très amer.

Que date de vieux.

C’est ancien.

Que fait soutune.

Il fait orageux, très chaud et lourd.

Que kille.

Ca glisse.

Que l’bon dieu l’arpose.

Paix à son âme.

Que pleut à plein temps.

Il pleut à verse.

Qué quôcare de cou !

C’est quelque chose !

C’est énervant !

C’est ennuyeux !

.....

Que vé pleure.

Il va pleuvoir

Ramâ los chaouaves pa lo fère poumâ.

« Ramer les choux pour les faire grossir » : chose vaine, inutile.

Rognâ culotte.

Défèquer.

Sauvâ la mise.

Se tirer d’une situation difficile.

Se fère tapâ su los dés.

Se faire réprimander.

T’a pas chaba ?

As-tu fini ?

Tout brandi.

D’un bloc.

Trouvâ d’à dire.

Regretter l’absence de quelqu’un.

Un ch’vau douna (ou baya) on r’garde pas si o l’a das dents.

« Un cheval donné, on ne regarde pas s’il a des dents (donc s’il est vieux ou jeune) »: quand on reçoit un cadeau, il est impoli d’estimer sa valeur marchande.

Un grand calabre.

Un homme de grande taille.

Un rat y passio, o s’bruli pas la queue.

Un feu de veuve.

Vé l’feu mou n’hareng.

Se dit d’un feu mourant.

L’Agrôle et le Rena
Renard et corbeauEn 1850, le bétchio parlève inquère ; v’la c’quo disève :
Un jou d’hivia, quou ne fasève pas trop biau,
L’agrôle ère juchade au bout d’un baliviau
L’ère su daut moutade,
Pa fère son dinâ que l’aye prépara.
Embéi un groua fromage vainhiu de Chambéra
Le rena dépeu treis jous que n’aye pas de pain,
Aussitôt s’appeurché en fasant le câlin.
Eh, bonjou note dame, coumant vous pourtez-vous ?
Hela ! qué sé contint de vous véire chia n’zote !
Et vous trouve si gente embé quo nail mantiau !
corbeauPrésoune dé le boux n’en pourte un aussi biau !
Votés souliés sont faits d’iune piau qué tant fine,
Et creyes que le ré n’en a pas de parés pindus à sa souline.
Ar sé é vous écouti dire iune chansou
Et cregus, oui ma foué, quou ére le rossignou
Si zère chabretère, par avi voté jeu
E’ doniau, é n’en jure, la méta de ma queue.
L’agrôle qu’ère enchantade de se veire vantade
Pa li douna l’aubade se meté à couana,
Son froumage dévalé dé la gueule do renâ,
Alle resté su-daut le bé bada.
Ma l’autre, li dissé, en migeant son fricot,
Ne si’a don pas si buse un autre co.

corbeauLe Corbeau et le Renard

Maître corbeau, sur un arbre perché,
tenait en son bec un fromage.
Maître renard, par l'odeur alléché,
lui tint à peu près ce langage :
« Hé! bonjour, Monsieur du Corbeau,
que vous êtes joli!
Que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage,
vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. »
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ;
et pour montrer sa belle voix,
il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit :
« Mon bon Monsieur, apprenez que tout flatteur
vit aux dépens de celui qui l'écoute :
cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
Le corbeau, honteux et confus,
jura, mais un peu tard,
qu'on ne l'y prendrait plus.

Jean de La Fontaine, Fable II, Livre I.
Le Chatreux do Tré-Taillants

carte treignatDé la commune de Nouhant y aillit an houme que s’appelève le Touène. E vous raconte an histouère que s’passe pas aneu. Que se passève enter’lâ dou guerres, coume è disont dé la écoles. Un jou le Touène ô dicé à sa fumelle : « Faut qu’é z’anne à Mouliçou pa m’achetâ un’ culotte de velou, e voulle annâ chez Bouyonnet ». La Julie a dicé : « Eh ben ! marche-z’y donc, t’manière si é voule t’areteni épourrai pas ».

Et v’ci mon Touène parti à la gare de Treignat. O s’en annève d’son pied, y aillit quat kilomètres, mais qu’y fasève pas pô. Le Touène qu’é un houme qu’é pas bien épaille, mais ô l’é reude.

carte postale treignatQuand qu’ô l’arrivé à la gare o perné son billet et pis ô l’attendé, mais le gas d’ô chemin d’fé ô dicé : « E sais pas si vous pourrez fourra dé l’train le Touène. E m’ont tuyauphona de Lavaufranche, y’a un moude enragea dé quo train. E z’ont jamais viu cou ». Le Touène ô dicé : « E fourri pas dés quo train ? E voudio zo vère ».

V’là l’train que s’ammeune. Mais qu’éti ben vrai quô l’ère bourra. Y aillit dô moude debout dé lô coulouailles. Y aillit dô moude partout.

Le Touène ô s’approché. O fouté un cô d’épaule dé t’ane portchiare. Mais que l’arjetève en arrié : « Bon dieu, qué me sé tu bourra ! ».

Tout d’un co, an idée qu’y passe pa la tête : « E n’irai dés t’un compartiment de proumiare, par un cô ». et le v’ci parti. O fourré dés t’un compartiment de proumiare. Oh ! là, y aillit pas ben do moude. Y aillit mâ qu’un houme, un que payève pas. Mais ô l’ére drôle queul houme. O l’ère tout habilla en naille, gilet naille, cravatte naille, veste naille. Y aillit mâ que la chemise qu’ère blanche.

Le touène ô s’assied dé t’un coin, au bout do banc. Mais le Touène qu’é un houme qu’aime ben causâ. O s’approché un p’tit peu pu prés et pis ô dicé : Que fait beau temps aneu ! ». l’autre au dicé re. Le Touène ô pensève : « Inquère y’un que la terre intéresse guère ! ».

O s’approchève inquère un p’tit peu pu près : « Qui don vous fasez dé vout’métchiais ? ». L’homme o dicé : « m’est d’avis si vous saviâ qui qu’e sé, vous aillâ ben pô ». Le touène ô pensève : « E z’aillâ pô, me, qué z’étiau au chemi das Dames ! ».

·        Qui don que vous fasez dé vout’ métchiais ?

·        Qué me qué si l’bourreau, qué me qué cope las têtes !

·        Vous sé bô le successeur à Desblair ?

·        Oui, m’sieur, qu’ô dicé l’houme.

Le Touéne ô n’en tremblève un p’tit peu, mais ô s’aredressève, et ô dicé : « m’est d’avis que si vous sayâ qui qu’est sé, vous aillâ ben pô aussi ! ».

·        Qui don que vous fasez ?

·        Qué me qué sé le châtreux do Tre-Taillants.

D’après Raymond Gerbaud

train

MontluçonDans la commune de Nouhant il y avait un homme qui s’appelait Antoine. Je vous raconte une histoire qui n’est pas d’aujourd’hui. Cela se passait entre les deux guerres, comme on dit à l’école. Un jour Antoine dit à sa femme : « Il faut que j’aille à Montluçon pour m’acheter un pantalon de velours, j’irais chez Bouyonnet ». La Julie lui répondit : « vas-y, de toute façon je ne peux pas t’empêcher d’y aller ».

Et voilà Antoine parti pour la gare de Treignat. Il partit à pied, les 4 kilomètres à parcourir ne lui faisait pas peur. Antoine était un homme fluet mais solide.

Quand il arriva à la gare il prit son billet comme de juste et attendit. Mais l’employé du chemin de fer lui dit : « je ne sais pas si vous pourrez monter dans le train, Antoine. On m’a téléphoné de Lavaufranche, le train est bondé, on n’a jamais vu ça »  Antoine dit : « je ne pourrai pas monter dans ce train, je voudrais bien voir ca.

Voilà le train qui arrive, mais c’était bien vrai qu’il était bondé. Il y-avait des gens debout dans les couloirs, il y-avait du monde partout.

Antoine s’approcha. Il donna un coup d’épaule dans une portière. Mais il fut projeté en arrière : « Bon dieu, qu’est-ce que je me suis fait mal ! ».

Tout à coup, une idée lui traversa l’esprit : « je vais aller en 1ière, pour une fois » et le voici parti. Il entre dans le compartiment de 1ière. Oh, là ! il n’y avait pas grand monde. Il y avait seulement un homme, un qui ne payais pas. Mais il avait l’air drôle, cet homme. Il était tout habillé en noir : gilet noir, cravate noire, veston noir. Il n’y avait que la chemise qui était blanche.

Antoine s’assit dans un coin, au bout de la banquette. Mais Antoine est un homme qui aime causer. Il s’approcha un petit peu plus près et dit : « Il fait beau aujourd’hui ! » l’autre ne dit rien. Antoine pensa : « Encore un que la terre n’intéresse guére ! ».

Il s’approcha encore plus près : « Quel est donc votre métier ? » l’homme dit « à mon avis, si vous saviez qui je suis, vous auriez très peur » Antoine pensa : « avoir peur, moi, qui étais au Chemin des Dames ». Quel est votre métier ?
Je suis bourreau, je coupe les têtes !
Vous êtes peut être le successeur à Desblair ?
Oui monsieur, dit l’homme.
Antoine en tremblait un peu mais, se redressant, dit : « a mon avis, si vous saviez qui je suis, vous auriez également peur !
Que faites vous ?
Je suis l’ongreur des Trois Taillants.

Saint cochonLa saint-cochon

La saint-cochon ère une grande journade de besugne pas los grands et pa los gamins, un bon moument, le plus biau jou de l’annade, d’après quoquèzin à cause quère varia, que sortève das habitudes et on migève ben. On peurnève un jou de gealade pa que la viande caille ben. Foulève se louva de boune houre pa allumâ la chaudiare

saint cochonOn coummencève tôt le mati, pa chopâ le betchiau pa las orilles et la queue. Quère le travail dos houmes. Las fumelles ayont prépara los affutiaux et dépeu la veuille ayont éplucha un grand pot-au-feu plein d’ugnoux qu’ériont éta mettus à blanchi. Le tchoueu assoumève le pouais ambé ane masse et y plongève un grand couteau dés le cave. Au moument où le sang giclève, ane feune se précipitève ambé la pèle pa le récupérâ et le batte pa qu’o caille pas. Fallève endurâ, que dépendève do moument, las silades do pouais.

cochonApré, fallève grillâ los pouèls. Pa fère quou-tchi, ane litiare de paille ère préparade, on y couchève le betchiau, on l’arcouvrissève d’ane aute couche et on y mettève le feu. Quand tous los pouèls éront keurnas, on grattève la couine ambé un raclouail pa otâ tout le nère. On mettéve le pouais su ane bassoulle qu’on appointève su un mu. Caula que fasève le charcotchiais fendève le betchiau de la queue à la tête et toutes las bouines dévalèvont. E z’étions ramassades pa las fumelles qu’anévont tout draille à la reviare pa las vudâ. boudinQuère ane besugne ben dégoûtante à cause que pudève et foulève travaillâ dé de l’aigue souvent glaçade. Las grosses bouines, ben vudades do dedin s’ront utilisades, dé quoqué jous, pa fère das bounes andouillettes, que sentisèvent pas ben bon non pu ma que fasèvont un bon plat.

Las bouines do p’tit intestin s’ont utilisades tout de suite pa fère los boudins. Après la bujade, foulève soufflâ dedin pa vère si é éront pa parçades. E étions liades à din bout et pa l’aute, ambé le boudiniais (an entounouaille en fer de la taille de la tripe) on fasève coulâ le mélange sang, ugnoux, panne fondude en grilloux et das harbes, ben goûta pa quocu qu’y counésève. Quand las tripes z’éront pleines, on barève le bout ambé un fiau et on las mettève keure dé l’aigue de la chaudiare (queulle que servissève d’habitude pa fère keure le migeat do pouais, on l’aille ben curade pa quo jou-là). Quelle besugne peurnève a pu près l’après-miadi, que veut dire après le goûta, goûta où on aille goûta la geurriade, taillade des le vente, ben grillade su le poël à bouais et assaisounade embé de l’ail et do persi.

cochonLe jou d’après, on découpève le pouais en morciaux pa meutte dé le salouail et on fasève do rôtis et das côtelettes. La téte, fendude embé le couperet, ère mettude à trempâ et à keure dés de l’aigue assaisounade pa fère le froumage de téte. Le fouais ére bouerra embé dos zeux, de la gniole, do la hacha et das harbes pa étes keu dé das tarrines. Le la das reins et la panne (la grésse do vente) z’éront découpas en plaques pa cuisinâ ou ben taillas en p’tits dés, fondus dé t’ane grande daubiare ; é douneront los grilloux pa le tourteau aux grilloux.

Dé le pouais, tout ére bon et tout se migève. La faite duréve q’un jou ma los autrailles éront ben occupas, surtout pa las fumelles que devévont tout prépara et cura tout ce quère graissoux.

cochonLa saint-cochon était une grande journée de travail pour les adultes, pour les enfants, un grand moment de plaisir, d’après certains, car les activités étaient variées, inhabituelles et on mangeait bien. On choisissait un jour de froid vif, pour que la viande caille convenablement, il fallait se lever de bonne heure. On commençait de grand matin par saisir la bête par les oreilles et la queue. C’était le travail des hommes, les femmes avaient préparé les ustensiles et depuis la veille avaient épluché un grand pot au feu plein d’ognons qui avaient été mis à blanchir.

saint cochonLe tueur assommait le cochon avec une masse et lui plongeait un long couteau dans le cou. Au premier jet de sang, une femme se précipitait avec une poële poue recueillir le précieux liquide et le battre afin qu’il ne caille pas. On avait à subir, plus ou moins longtemps les cris du cochon. La deuxieme opération consistait à lui griller les soies, pour cela, on avait préparé un lit de paille sur lequel on étendait la bête, on la recouvrait d’une deuxième couche et on mettait le feu. Quand tous les poils étaient brûlés, on grattait la couenne pour enlever tout le noir avec un racloir. Puis on mettait le cochon sur une basoulle que l’on appointait ensuite à la verticale.

Celui qui faisait office de charcutier fendait alors l’animal de la queue à la tête et la masse des tripes s’échappait. Elles étaient recueillies par les femmes qui aussitôt allaient à la rivière pour les vider. C’était un travail peu ragoûtant car ça puait et il fallait travailler dans l’eau souvent glacée. Les grosses tripes, bien vidées de leur contenu serviraient dans quelques jours, à faire les bonnes andouillettes, qui ne sentaient pas très bon non plus, mais qui constituaient un plat très apprécié. Les tripes de l’intestin grêle allaient être utilisées tout de suite pour faire les boudins.

Après leur rinçage, il fallait souffler dedans pour vérifier qu’elles n’étaient pas percées. On les liait à une extrémité et par l’autre, à l’aide du boudinier (entonnoir métallique adapté à la taille du boyau) on faisait couler le mélange sang, oignons, panne fondue en grilloux et aromates, savamment dosés par une spécialiste. Quand les boyaux étaient pleins, on les fermait à l’autre extrémité et on les mettait cuire au bain marie dans la chaudière (celle qui servait habituellement à cuire la pâtée des cochons mais que l’on avait soigneusement nettoyée pour la circonstance). Cette opération occupait en général l’après-midi, c'est-à-dire après le repas au cours duquel on avait goûté la grillade, taillée dans les muscles du ventre, bien grillée doucement sur le poële à bois et assaisonnée d’ail et de persil.

Le lendemain, on découpait la bête en quartiers destinés au saloir et en rôtis et cotelettes. La tête fendue au couperet était mise à tremper puis à cuire à l’eau assaisonnée pour faire le fromage de tête. Le foie était malaxé avec œufs, alcool, poitrine hachée et aromates pour être cuit en terrine alors que les autres abats étaient découpés en morceaux ou en tranches pour être consommés les jours suivants. Le lard du dos et la panne (la graisse du ventre) étaient découpés en plaques pour cuisiner plus tard ou, détaillés en petit cubes qui, une fois fondus dans une grande daubière, deviendraient les célébres grilloux de la pompe aux grattons ou tourteaux aux grilloux.

Dans le cochon tout est bon et tout était utilisé. Si la fête ne durait qu’un jour, les suivants étaient bien occupés, surtout pour les femmes à qui incombaient toutes les préparations et le nettoyage de tout ce qui était graisseux.

Menu de baptême [1]

A miadi

Mitand d’abbes à palmes
Embet dos houmes de louai
Et quoquets légumes de chia’nzote
Do champignons coume chia los Grecs
Dos peyssou dés do champagne
De la queusse d’oueille de la Baudre
Dos pouais demi sés et dos verts
De la salade
Do froumage

Abab

De la forêt nère
Do hiassis mélangeats
De la gouère

Par lava la courniole

Do Chablis
Peuchiers do ptit vin de Bordeaux

Le seir

Un peu de soupe mitounade
Das asperges
De la charcotrie
Dos poulais rôtis
Das Châtagnes

Abab

Dos fruits bouérats
De la beurioche à Grandjean

A midi

Cœurs de palmiers
Avocats
Et quelques légumes de chez nous
Champignons à la Grecque
Turbot au champagne

Gigot d’agneau de la Beaudre
Flageolets et haricots verts
Salade

Fromages
Forêt noire
Glaces assorties
Tartes

Pour se rincer le gosier

Du Chablis
Pichets de petit vin de Bordeaux
Eau gazeuse

Le soir

Potage
Asperges
Charcuterie
Poulets rôtis
Châtaignes

Salade de fruits

Brioche à Grandjean

[1] Baptême de notre fils Bertrand, en décembre 1976.

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